Le dispositif pour le thé c'est
une conversation d'art décoratifs
Un soliloque géopolitique.
Une géographie esthétique
Un jeu de société seul ou à plusieurs
Une cosmogonie post-coloniale bonne comme l'amour
Un kôan graphique et statistique.
Une partie de monoploly méditable, un cluedo des échanges culturels
Une cérémonie du thé post-moderne
Le dispositif du thé s'appréhende par
l'usage, c'est-à-dire en buvant du thé
comprend une
nappe imprimée, des tasses et des théières de différents
styles, du thé, deux jeux de cartes comportant du texte et des buveurs
de thé. Ce travail occupe une place indéterminée quelque
part entre les arts décoratifs, l'art conceptuel et le jeu de société.
Il interroge les notions de style, de bon goût, d'usages sociaux et
engage à les relier à des notions d'ordre géopolitique,
culturel, historique ou spirituel.
C'est par la mise en présence, énigmatique, d'éléments
de nature différente que le dispositif appelle à des connexions
de sens. Des données graphiques, statistiques, historiques, économiques,
cartographiques, stylistiques, ornementales, philosophiques, spirituelles,
cosmiques, sont mises a disposition des buveurs de thé.
Ces derniers élaborent ces connexions selon leurs états d'esprit,
leurs sensibilités, la durée de fréquentation du dispositif,
la conversation qui s'y construit...
Le dispositif pour le thé s'appréhende par l'usage, c'est-à-dire,
en buvant du thé. De cet usage, un rapport particulier se crée
entre l'utilisateur et l'œuvre, ainsi qu'entre les utilisateurs eux-mêmes.
Le dessin de la nappe comprend un ensemble d'éléments ornementaux choisis pour leur esthétique et pour leur caractère emblématique d'une culture, d'un style ou d'une époque, pour chacun d'entre eux, on trouve des statistiques économiques comme le PIB par habitant, la production et la consommation annuelle de thé, la consommation moyenne par habitant, les quantités importées ou exportées. Les statistiques correspondent à un pays précis sans qu'il soit pour autant nommé explicitement. S'ajoutent à cela un réseau de lignes provenant des cartes des routes commerciales liées au thé ou aux échanges culturels.

Les tasses et les théières constituent un ensemble disparate
de styles et d'origines diverses, alors qu'un convive dégustera dans
un bol chinois, un thé vert japonais infusé dans une théière
arabe, un autre dégustera dans une tasse victorienne, un thé
indonésien de qualité médiocre servi dans une théière
chinoise traditionnelle.
La disparité des pièces de services tiens a leurs différences
de styles et d'origine, mais également a des différences de
qualité : des antiquités côtoient des objets industriels.
Enfin, la présence intempestive d'une cafetière dans le dispositif
incarne, la faute de goût pour ceux qui sauront la détecter.

De même que pour les services, les thés sont d'origine et de qualité différentes, le plus fin des Darjeeling sera servis en face d'un Lipton Yellow tout à fait ordinaire, alors qu'un thé vert " gun powder " sera servis en face d'un thé de Ceylan destiné a l'exportation sur le marché russe...
Les cartes sont divisées en deux ensembles, comme les cartes chance et communauté de biens au Monopoly. Un tas porte un aigle et l'autre un symbole Ying-Yang. Tandis que l'un décrira des faits liés à l'histoire économique, politique ou coloniale du thé, l'autre serra plus axé sur les usages et les différentes philosophies (notamment orientales) associées au thé.
Le mode d'utilisation du dispositif est laissé
libre, sans instructions particulières.
À Troisième Étage, le déroulement des séances
variait beaucoup selon les personnes présentes, alors que certaines
s'attachaient à la lecture du dispositif, d'autre se concentraient
plutôt sur les cartes ou sur la dégustation du thé. Enfin,
d'autres parlaient de tout à fait autre chose.
Julien Celdran

